L’équarrissage à la hache

Si l’utilisation de bois ronds caractérise les premières charpentes, l’équarrissage (« mise à l’équerre » ou transformation d’une grume en parallélépipède) a permis son véritable essor. Cette transformation s’est faite, jusqu’à l’ère industrielle, aux moyens de haches. Hormis les particularités régionales du type de hache ou de la méthode utilisée, l’équarrisseur laisse sur le bois une emprunte caractéristique, la trace  de l’homme, à la fois personnelle et universelle qui donne à l’ouvrage un peu de cette âme qui manque tant aux constructions standardisée machinées.

Loin d’être une pratique de « témoignage » l’équarrissage manuel répond aux enjeux écologiques actuels ; sans parler de son faible impact sur l’environnement et de ses faibles nuisances sonores, il permet de valoriser des bois au rendement trop faible pour être sciés.

Du fait que l’arbre est choisi en fonction de la poutre à produire, que le geste manuel permet de suivre les courbes, de l’arbre et que les méthodes de tracé (piquage) et de taille permettent de valoriser ce qui est prit en conventionnel comme des défauts, nous pouvons utiliser des bois jeunes, tordus, courbes qui autrement partiraient en fumée (plaquettes, granules buches).

Cette pratique va de pair avec une gestion raisonnée du parc forestier ; on équarri généralement sur place sans avoir besoin de coupes rases dû à l’utilisation d’engins, le débardage pouvant s’effectuer à l’aide de chevaux ou trinqueballe.

Grumes de Châtaignier de diamètres 20 à 60 choisies sur site après une coupe aux Abrets (38).

La technique la plus rependue consiste à tracer de part et d’autres de la grume, d’aplomb, la section que nous souhaitons obtenir. Ensuite nous battons un cordeau reliant un angle à l’autre qui nous donne le plan d’une face de la poutre. Quelques fois, notamment lorsque les entailles sont faites à la scie ou à la tronçonneuse, on bat au cordeaux la ligne qui relie les angles opposés mais dans le même plan.

Bille d’Acacia (Robinier) écorcée sur le passage du cordeau. Pour les besoins de l’ouvrage nous avons « tiré au max », laissant un peu de d’aubier sur l’arête. Le trait intérieur correspond à la section carré que l’on aurait usuellement sortie.

La suite de l’opération consiste à produire des entailles, généralement tous les pieds (ou 30cm), d’aplomb si l’on travaille avec une seule ligne du plan ou reliant les deux lignes si on entaille à la tronçonneuse.

Entaille à la hache d’aplomb sur une bille de Châtaignier courbe.

Une fois les entailles faites, nous faisons sauter les partie de bois restante (claps) à l’aide d’une grande hache, (de préférence à un seul biseau)

Après le passage de la grande hache nous avons l’ébauche de notre face sur cette bille de Châtaignier.

Reste la finition; nous l’obtiendrons à l’aide d’une hache de la famille des doloires (hache à un seul biseau et au manche déporté). Nous avons une prédilection pour la BreitBeil de nos cousins Germains et son rendu inégalable.

Face terminée de notre bille de Châtaignier près le passage de la Breitbeil.

 

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